CPF, dialogue social technologique au groupe Alpha, statut protecteur, confiance dans les syndicats… 3 minutes de social

Écrit par Publié le 13/02/2026 Mis à jour le 19/02/2026

L’actualité récente en droit social est marquée par trois évolutions structurantes : le durcissement des conditions d’utilisation du Compte personnel de formation (CPF), l’intégration croissante des transformations technologiques – notamment l’intelligence artificielle – dans le dialogue social, et la confirmation par le juge constitutionnel du statut protecteur des membres des commissions paritaires nationales. Ces réformes, aux implications pratiques immédiates pour les employeurs, les DRH, les représentants du personnel et les organismes de formation, méritent une analyse approfondie à la lumière des sources légales et jurisprudentielles.


En résumé
  • La participation obligatoire au CPF passerait de 103 € à 150 €.
  • Le permis de conduire serait plafonné à 900 € via le CPF.
  • Les formations au répertoire spécifique seraient limitées à 1 500 €.
  • Les bilans de compétences seraient plafonnés à 1 600 €.
  • Un bilan ne serait finançable que s’il dure au moins 13 heures.
  • Aucun nouveau bilan CPF ne serait possible dans les 5 ans suivant le précédent.
  • Ces mesures s’inscrivent dans la loi de finances 2026.
  • Le groupe Alpha crée une commission dédiée aux transformations technologiques.
  • L’accord organise un dialogue social structuré en trois temps autour de l’IA.
  • Le Conseil constitutionnel confirme la protection des membres des commissions paritaires nationales.

CPF : vers une mobilisation plus coûteuse et plus encadrée

Une revalorisation de la participation obligatoire

Un projet de décret soumis aux partenaires sociaux le 11 février prévoit une augmentation significative de la participation forfaitaire obligatoire due par les titulaires du CPF.

  • Montant actuel : un peu plus de 103 euros
  • Montant envisagé : 150 euros

Cette évolution s’inscrit dans la trajectoire budgétaire définie par la loi de finances pour 2026 et confirme la volonté des pouvoirs publics de rationaliser la dépense liée à la formation professionnelle, dans un contexte de maîtrise des finances publiques.

Pour les praticiens du droit social, cette hausse constitue un signal fort : la logique d’accessibilité universelle du CPF cède progressivement la place à une logique de responsabilisation financière accrue des bénéficiaires.

Des plafonds d’utilisation désormais encadrés

Conformément à la loi de finances pour 2026, un autre texte fixe des plafonds d’utilisation des droits inscrits sur le CPF, selon la nature de la formation :

  • 900 € pour le permis de conduire
  • 1 500 € pour les formations enregistrées au répertoire spécifique
  • 1 600 € pour les bilans de compétences

Ce plafonnement constitue une évolution notable du régime juridique du CPF, initialement conçu comme un droit individuel mobilisable librement dans la limite des droits acquis.

En pratique, les employeurs et les services RH devront intégrer ces plafonds dans leur politique d’accompagnement des parcours professionnels, notamment en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC).

Durcissement des conditions de prise en charge des bilans de compétences

Deux autres projets de textes viennent préciser les conditions de financement des bilans de compétences :

  • Durée minimale requise : le bilan ne pourrait être financé par des fonds publics que s’il atteint au moins 13 heures.
  • Limitation temporelle : un salarié ayant déjà réalisé un bilan de compétences ne pourrait plus bénéficier d’une prise en charge par le CPF dans les cinq années suivantes.

Ces restrictions suscitent déjà de vives critiques de la part des acteurs de la formation professionnelle, qui y voient une atteinte aux droits individuels à la formation.

D’un point de vue juridique, ces mesures interrogent l’équilibre entre :

  • le principe d’accès à la formation tout au long de la vie (consacré par le Code du travail),
  • et la nécessité de garantir l’efficience de la dépense publique.

2. Intelligence artificielle et dialogue social : une structuration progressive

Les enjeux liés aux transformations technologiques, et notamment à l’intelligence artificielle (IA), s’intègrent désormais pleinement dans le dialogue social en entreprise.

Un accord de méthode inédit au sein du groupe Alpha

Mi-décembre, le groupe Alpha a signé avec trois organisations syndicales un accord de méthode original destiné à anticiper les impacts des transformations technologiques sur les métiers.

L’objectif est double :

  • anticiper les conséquences des projets liés à l’IA et aux nouvelles technologies ;
  • accompagner chaque salarié dans la transition.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des obligations d’information et de consultation du comité social et économique (CSE), prévues par le Code du travail, mais va au-delà en instituant un dispositif spécifique.

Création d’une commission transformation technologique groupe

L’accord crée une commission transformation technologique groupe, composée :

  • de représentants de la direction ;
  • de représentants de chaque organisation syndicale représentative ;
  • de membres élus des CSE.

Il est important de souligner que cette commission :

  • ne se substitue pas aux CSE ;
  • complète leurs prérogatives.

Ses missions sont étendues :

  • suivi de l’ensemble des projets liés à l’IA et aux nouvelles technologies ;
  • anticipation de leurs impacts sur l’emploi et les compétences ;
  • formulation de recommandations ;
  • rôle de veille et d’alerte.

Un processus de dialogue social en trois temps

L’accord structure le dialogue social technologique autour de trois phases :

  • Concertation en amont, fondée sur les travaux de la commission et des CSE ;
  • Consultations récurrentes, au niveau du comité de groupe puis des CSE ;
  • Consultations ponctuelles, au niveau des CSE des entités concernées en cas de changement important.

Conclu pour une durée de trois ans, l’accord fera l’objet d’un bilan intermédiaire au bout de 18 mois.

Pour les professionnels du droit social, ce modèle pourrait constituer une source d’inspiration, notamment dans les secteurs fortement exposés aux mutations technologiques.

Protection des membres des commissions paritaires nationales : validation constitutionnelle 

Une confirmation attendue

Le 6 février, le Conseil constitutionnel a déclaré conformes à la Constitution les dispositions du Code du travail relatives à la protection des membres des commissions paritaires.

Rappel du cadre juridique

Le Code du travail permet, par accord collectif, la mise en place de commissions paritaires professionnelles ou interprofessionnelles :

  • au niveau local ;
  • départemental ;
  • régional.

L’accord collectif détermine les modalités de protection des salariés mandatés par des organisations syndicales pour siéger dans ces commissions.

Dès 2017, la Cour de cassation avait jugé que ces salariés bénéficiaient de la protection applicable aux délégués syndicaux, y compris lorsque la commission est instituée au niveau national.

La question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Le 19 novembre 2025, saisie d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), la Cour de cassation a décidé de transmettre la question au Conseil constitutionnel.

La problématique était la suivante : le Code du travail ne visant expressément que les commissions locales, départementales ou régionales, la protection pouvait-elle être étendue aux commissions nationales ?

La décision du 6 février : une protection confirmée

Le 6 février, le Conseil constitutionnel valide l’interprétation jurisprudentielle :

  • Peu importe que le texte vise explicitement certains niveaux territoriaux ;
  • Les salariés membres de commissions paritaires nationales bénéficient bien du statut protecteur contre le licenciement.

Cette décision sécurise juridiquement la situation des représentants syndicaux concernés et renforce la cohérence du régime protecteur en droit collectif du travail.

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Confiance syndicale : un indicateur encourageant

Selon l’édition 2026 du baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, publiée le 9 février :

  • 37 % des Français déclarent faire confiance aux syndicats ;
  • contre seulement 15 % pour les partis politiques.

Face aux profondes mutations économiques et technologiques actuelles, ces données traduisent un rôle central des partenaires sociaux dans la régulation des mutations du travail.

Un droit social en recomposition

Entre la restriction des conditions d’accès au CPF, l’institutionnalisation du dialogue social technologique, et la consolidation du statut protecteur des représentants syndicaux, le droit social connaît une phase de recomposition significative.

Pour les directions juridiques, DRH, avocats et conseils en droit social, ces évolutions appellent :

  • une veille juridique renforcée ;
  • une adaptation des politiques internes de formation ;
  • une anticipation des impacts liés à l’IA ;
  • et une sécurisation accrue des procédures relatives aux représentants du personnel.

Au regard de ces évolutions, une analyse approfondie des textes, de la jurisprudence et des pratiques conventionnelles s’impose pour garantir la conformité et sécuriser les décisions stratégiques des entreprises.

Pour rester informé et anticiper les évolutions du droit social, faites confiance à Liaisons Sociales, la référence des acteurs RH et CSE

 Ce contenu n'a pas été rédigé par la rédaction Lamy Liaisons. Il doit être interprété avec discernement et ne saurait servir de fondement à une décision juridique sans validation préalable par un professionnel qualifié.
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