Situation des salariés aidants, stratégie nationale aidants 2023-2027, accord chez BforBank, mères-aidantes… 3 minutes de social

Écrit par Publié le 10/10/2025 Mis à jour le 19/11/2025

Alors que l’actualité politique occupe largement le devant de la scène, un autre sujet mérite toute notre attention : celui des salariés aidants. Le 6 octobre dernier marquait en effet la 16ᵉ Journée nationale des aidants, un événement qui rappelle que près d’un salarié sur quatre sera concerné par cette situation d’ici 2030. À cette occasion, l’Observatoire social international des risques professionnels (OCIRP) a publié son étude annuelle, mettant en lumière les réalités souvent méconnues de ces millions de travailleurs.


En résumé
  • Près d’un salarié sur quatre sera aidant en 2030.
  • 44 % des aidants déclarent une souffrance psychologique.
  • L’aidance reste un sujet tabou pour 59 % des DRH.
  • 67 % des managers estiment qu’elle freine la carrière.
  • L'Uniopss réclame un congé de proche aidant rémunéré.
  • Les mesures gouvernementales tardent à se concrétiser.
  • BforBank met en place un système de dons de jours.
  • Les femmes sont les plus concernées par l’aidance.
  • L’aidance doit devenir une priorité du dialogue social.

Une situation encore mal comprise dans les entreprises

L’étude de l’OCIRP, publiée le 3 octobre, révèle que la situation des salariés aidants reste mal identifiée et insuffisamment prise en compte par les entreprises. Pourtant, ces salariés — qui accompagnent un proche malade, âgé ou en situation de handicap — sont souvent en souffrance psychologique : 44 % d’entre eux se déclarent en difficulté sur le plan mental.
Un chiffre préoccupant vient illustrer le manque de dialogue interne : 59 % des DRH et 49 % des managers estiment que le sujet demeure tabou. De fait, seuls 35 % des salariés aidants informent leur employeur de leur situation. Cette réticence s’explique notamment par la crainte de freiner leur carrière.

L’aidance, un frein perçu à l’évolution professionnelle

Selon l’étude, 67 % des managers considèrent encore l’aidance comme un obstacle à la progression professionnelle — une proportion en hausse de 14 points en un an. Cette perception négative contribue à renforcer la méfiance des salariés concernés.
Pourtant, des solutions existent : l’OCIRP rappelle qu’il est possible d’adapter temporairement la charge de travail, de proposer des aménagements d’horaires ou encore de faciliter l’accès à des dispositifs d’aide. Les partenaires sociaux, eux, se montrent de plus en plus enclins à mettre en œuvre de telles mesures.

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Une reconnaissance encore insuffisante du rôle des aidants

La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a récemment lancé une campagne destinée à sensibiliser les 8 à 11 millions d’aidants en France et à les orienter vers des ressources fiables.

Cependant, l’l'Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) déplore que cette initiative insiste trop sur la responsabilité individuelle, alors que l’aidance constitue selon elle une question de solidarité collective.


L’Union appelle à une rémunération du congé de proche aidant équivalente à celle d’un congé maladie, afin de reconnaître pleinement la valeur sociale de cet engagement.

Des promesses encore peu concrétisées

Le collectif interassociatif des aidants familiaux pointe, quant à lui, le retard dans la mise en œuvre des mesures gouvernementales annoncées : les 15 jours de répit annuels promis et les 5000 places d’accueil temporaire supplémentaires tardent à se concrétiser.

De plus, le droit au répit reste aujourd’hui limité aux aidants de personnes âgées, et le plafond d’aide demeure trop faible pour répondre aux besoins réels.

L’association Baluchon France alerte également sur le reste à charge élevé du dispositif de relayage à domicile, estimé à 75 euros pour 24 heures en 2022, un coût dissuasif pour de nombreuses familles.


Enfin, les difficultés de recrutement dans le secteur médico-social aggravent la situation, accentuant la pression qui pèse sur les aidants.

L’exemple de BforBank : un accord innovant en faveur des salariés aidants

Face à ces constats, certaines entreprises prennent les devants. Depuis le 1ᵉʳ septembre, les salariés aidants de BforBank bénéficient des dispositions d’un accord signé en juin dernier, destiné à renforcer leur accompagnement.

Ce dispositif prévoit notamment un système de dons de jours de congés :

  • chaque salarié peut offrir jusqu’à 5 jours par an, dont la cinquième semaine de congés payés, deux RTT, des jours d’ancienneté ou des jours placés sur le compte épargne-temps (CET) ;
  • en retour, l’entreprise abonde à hauteur de la moitié du besoin exprimé, dans la limite de 5 jours ouvrés supplémentaires.

Ainsi, un salarié aidant peut bénéficier jusqu’à 20 jours par an (abondement inclus), à condition d’avoir préalablement épuisé ses droits à congés rémunérés. Il peut néanmoins conserver 5 jours sur son CET au titre du droit au répit.

Une réalité encore très genrée

Les chiffres sont sans appel : 70 % des mères aidantes d’un enfant malade ou en situation de handicap réduisent leur temps de travail ou réorganisent leur activité professionnelle, et 40 % d’entre elles vont jusqu’à changer d’emploi ou de poste.

Ces données confirment que, comme pour la parentalité, l’aidance reste un enjeu fortement genré. Les femmes continuent d’assumer la majorité de la charge liée à l’accompagnement d’un proche, souvent au détriment de leur carrière.

Vers une prise de conscience collective

Si des progrès notables ont été accomplis, le statut des salariés aidants demeure fragile et insuffisamment reconnu. L’étude de l’OCIRP, les revendications des associations et les initiatives d’entreprises comme BforBank convergent vers un même constat : il est urgent de placer la question de l’aidance au cœur du dialogue social.

L’enjeu est double : préserver la santé et l’équilibre des salariés concernés, tout en renforçant la responsabilité sociale des entreprises. À l’horizon 2030, l’accompagnement des aidants ne sera plus seulement une option solidaire, mais une nécessité sociétale et économique.

 Ce contenu n'a pas été rédigé par la rédaction Lamy Liaisons. Il doit être interprété avec discernement et ne saurait servir de fondement à une décision juridique sans validation préalable par un professionnel qualifié.