Le droit forestier : rédaction, sécurisation et contentieux

Écrit par Publié le 19/01/2026 Mis à jour le 19/01/2026

Le droit forestier, à la croisée du droit de la propriété, du droit rural, du droit de l’environnement et du droit fiscal, encadre la gestion et la transmission des forêts. Les notaires jouent un rôle central dans la sécurisation des opérations forestières, garantissant la conformité réglementaire et la protection des intérêts des parties.  Cet article propose une analyse détaillée des enjeux liés à la rédaction des actes, à la sécurisation juridique des transactions et à la gestion du contentieux forestier.

En résumé
  • Le droit forestier encadre la gestion, la transmission et la sauvegarde des forêts françaises.
  • Il s’appuie sur le Code forestier, le Code civil, le Code général des impôts et la jurisprudence.
  • La rédaction des actes forestiers exige une description précise du bien, la mention des plans de gestion et des clauses spécifiques.
  • Les transmissions de forêts bénéficient d’exonérations fiscales sous conditions d’engagement de gestion pérenne.
  • La sécurisation juridique implique la vérification des titres, des droits de préemption et des privilèges.
  • Les contentieux portent sur la propriété, la gestion, les droits de priorité et la préservation environnementale.
  • Le notaire joue un rôle central dans la rédaction, la sécurisation et le conseil en droit forestier.
  • Le droit forestier évolue vers une gestion collective et durable, intégrant la conservation de la biodiversité et la digitalisation des informations.

Introduction au droit forestier : enjeux et définitions clés

Les enjeux fondamentaux du droit forestier : définition et importance économique

La réglementation forestière regroupe l’ensemble des règles applicables aux bois et terrains boisés, publics ou privés. Elle encadre la gestion durable des espaces forestiers, protége la diversité biologique, organise la  transmission des biens sylvicoles et prévient le morcellement des parcelles.

Les enjeux du droit forestier sont multiples :

  • Préservation de l’environnement : rôle clé de la forêt dans le climat, les sols et la biodiversité.
  • Durabilité : obligations de gestion durable via des plans d’aménagement agréés.
  • Transmission et valorisation : régimes fiscaux spécifiques pour les transmissions (succession, donation).
  • Prévention du morcellement : lutte contre la division excessive des propriétés, qui complique gestion et valorisation.

Les principales sources juridiques du droit forestier

Le droit forestier repose sur plusieurs sources :

  • Le Code forestier : principale source, organisant gestion, sauvegarde et transmission des espaces boisés.
  • Le Code civil : il intervient notamment en matière de propriété, de servitude et de transmission.
  • Le Code général des impôts : il prévoit des régimes fiscaux spécifiques pour les bois et massifs sylvicoles.
  • La jurisprudence

Impact du code forestier sur l'environnement et la biodiversité

Le Code forestier consacre la gestion durable des espaces boisés en imposant des plans de gestion agréés destinés à maintenir la diversité des espèces, la régénération des peuplements et la protection des sols.

Les articles L. 124-1 à L. 124-4 et L. 313-2 encadrent les garanties de gestion durable et conditionnent l’accès aux régimes fiscaux de faveur à des engagements sur trente ans et à la production de certificats de conformité.

La réglementation forestière contribue ainsi à la lutte contre le changement climatique, à la préservation des habitats et des services écosystémiques, en encadrant les pratiques sylvicoles pour éviter la dégradation des paysages et la perte de biodiversité.

Rédaction des actes forestiers : bonnes pratiques et spécificités

Spécificités de la rédaction d'actes sur les biens forestiers : clauses clés

La rédaction d’actes forestiers exige une description précise : nature du peuplement (feuillus, résineux, taillis, futaies), superficie, références cadastrales, servitudes éventuelles.

L’acte doit intégrer des clauses essentielles : garantie d’éviction, sort des droits de chasse, situation des coupes de bois en cours ou à venir. Ces éléments assurent la sécurité de la transaction et la conformité aux règles propres aux biens sylvicoles.

Rédaction des contrats de gestion forestière : contrats et obligations légales

Les contrats d’administration forestière (mandat, bail rural à clauses environnementales, etc.) doivent être adaptés à la spécificité des massifs boisés  :

  • Obligations du mandataire : respect des plans de gestion, réalisation des coupes, entretien, etc.
  • Répartition des produits : partage des revenus de l’exploitation.
  • Durée et renouvellement

Transmission des biens forestiers : fiscalité et exonérations sur successions et donations

La transmission des forêts bénéficie d’une exonération des droits de mutation à hauteur de 75 %, sous réserve d’un engagement de gestion soutenable pendant 30 ans et de la production d’un certificat. Les actes de donation ou de succession doivent intégrer ces obligations pour garantir la conformité légale et fiscale. 

Sécurisation juridique des opérations forestières : propriété, gestion et fiscalité

Sécurisation de la propriété forestière et des droits réels

La vérification du titre de détention implique l’analyse de la chaîne de transmission et le contrôle de la publication foncière pour s’assurer de la validité des prérogatives du vendeur. Il faut également prendre en compte les droits de préemption et de priorité, notamment la faculté de préférence du propriétaire voisin (art. L. 331-19 du Code forestier) et le droit de préemption de la SAFER. Les ventes doivent être notifiées dans les formes et délais requis, sous peine de nullité.

Sécurisation de la gestion et de l’exploitation forestière : obligations légales

Les forêts privées de plus de 25 hectares doivent être gérées selon un plan simple de gestion (PSG) agréé par le CNPF.

Les coupes doivent respecter ce plan ou être autorisées administrativement. Le gestionnaire forestier doit préserver la diversité des espèces et prévenir les incendies par l’entretien et le débroussaillement, assurant ainsi pérennité de l’exploitation, protection de l’environnement et sécurité juridique.

Sécurisation fiscale des opérations forestières : exonérations et obligations

La sécurisation fiscale implique :

  • Le respect des conditions d’exonération : engagement de gestion, déclaration auprès de l’administration fiscale.
  • L’anticipation des conséquences fiscales : en cas de non-respect des engagements, l’exonération peut être remise en cause.

Contentieux en droit forestier : typologie, procédures et sanctions

Typologie des contentieux forestiers : propriété, gestion, environnement

Le contentieux en matière forestière est varié :

  • Contentieux de la propriété : contestation de la propriété, revendication, bornage.
  • Contentieux des prérogatives de priorité : litiges sur les droits de préférence ou de préemption.
  • Contentieux de l’administration : non-respect des obligations de gestion durable, litiges entre copropriétaires ou avec le gestionnaire.
  • Contentieux environnemental : infractions aux règles de protection de l’environnement, responsabilité en cas de pollution ou d’incendie.

Procédures et juridictions compétentes en contentieux forestier

Les litiges relatifs à la propriété, à la gestion ou à l’activité forestière relèvent du tribunal judiciaire. Les contestations liées aux autorisations administratives (coupes, reboisement) relèvent du juge administratif.

Les infractions (coupes illégales, atteintes à l’environnement) peuvent donner lieu à des poursuites pénales, constatées par les agents assermentés de l’ONF. La médiation ou l’arbitrage peuvent être utilisés, notamment entre copropriétaires ou entre propriétaires et gestionnaires.

Sanctions en droit forestier : civiles, administratives et pénales

Les sanctions peuvent être :

  • Civiles : dommages et intérêts, remise en état.
  • Administratives : retrait d’autorisation, amende administrative.
  • Pénales : amende, emprisonnement en cas d’infraction grave.

Le rôle du notaire en droit forestier : sécurisation et bonnes pratiques

Le notaire doit garantir la validité et l’efficacité des actes relatifs aux biens sylvicoles : vérification des titres de propriété, des droits de priorité et de préemption, et des régimes fiscaux applicables.

Il doit s’assurer de l’existence d’un plan de gestion durable, notamment pour l’octroi d’exonérations fiscales lors de l’acquisition de forêts ou terrains à reboiser (article L. 8 du Code forestier).

Son devoir de conseil inclut l’information sur les droits de priorité, la vérification des conditions d’exonération, l’anticipation des risques de contentieux et la rédaction d’actes précis (description du bien, documents de gestion, engagements, clauses de garantie).

Les perspectives et évolutions du droit forestier : gestion durable et digitalisation

La réglementation forestière évolue vers une organisation collective, notamment par le retour à la notion des « communs » pour regrouper les droits liés aux espaces boisés des terrains de moins de 20 hectares, associant propriétaires privés et publics sous la coordination des préfets. Cette approche vise à lutter contre le morcellement, préserver les paysages et la biodiversité, et renforcer la sauvegarde environnementale.

Les principes de conduite soutenable, de solidarité écologique et d’utilisation responsable des ressources, posés aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du Code de l’environnement, imposent la protection et la restauration des milieux naturels.

La digitalisation améliore l’accès à l’information sur les risques et la pollution lors des transactions. Le droit forestier, technique et évolutif, exige une expertise spécifique des professionnels et des notaires, tant pour la rédaction des actes que pour la sécurisation des opérations et la gestion du contentieux.

FAQ sur le droit forestier

Toutes les réponses aux questions que vous vous posez.

L’exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit suppose la production d’un certificat du directeur départemental des territoires attestant que les bois et forêts présentent une garantie de gestion pérenne (articles L. 124-1 à L. 124-4 et L. 313-2 du Code forestier). Les bénéficiaires doivent s’engager à une gestion durable pendant 30 ans. En cas de non-respect, l’exonération est remise en cause et des droits complémentaires et supplémentaires sont dus.
L’acte doit mentionner et, si possible, annexer le plan simple de gestion (PSG) agréé par le CNPF ou tout autre document d’organisation durable (règlement type d’aménagement, code des bonnes pratiques sylvicoles), nécessaires pour sécuriser la transaction et l’accès aux régimes fiscaux de faveur.
Les propriétaires de forêts privées de plus de 25 hectares doivent appliquer un PSG agréé par le CNPF, encadrant coupes, reboisement et protection de la biodiversité. Pour des surfaces inférieures, d’autres documents de gestion durable peuvent être requis (règlement type de gestion, code des bonnes pratiques sylvicoles).
Le non-respect entraîne la perte de l’exonération fiscale, le paiement de droits complémentaires et des intérêts de retard. Selon la gravité des manquements, peuvent aussi s’ajouter des sanctions civiles (dommages et intérêts, remise en état), administratives (retrait d’autorisation, amende) et pénales (amende, emprisonnement).
Les contentieux concernent la détention foncière, l’administration et la gestion, l’exercice des droits de priorité et le respect des règles environnementales. Les litiges de propriété et de gestion relèvent du tribunal judiciaire ; les contestations d’autorisations administratives (coupes, reboisement) du juge administratif. Les infractions environnementales peuvent donner lieu à des poursuites devant le juge pénal.
 Ce contenu n'a pas été rédigé par la rédaction Lamy Liaisons. Il doit être interprété avec discernement et ne saurait servir de fondement à une décision juridique sans validation préalable par un professionnel qualifié.