L’intégrité physique du salarié : une obligation de sécurité de résultat pour l’employeur ?
L' intégrité physique des salariés va bien au-delà d'une simple formalité. Le Code du travail l'impose et la jurisprudence le rappelle : tout employeur a une obligation de sécurité de résultat envers ses subordonnés. En cas d'atteinte volontaire à l'intégrité de la personne, il doit prendre les mesures nécessaires pour prévenir les risques professionnels.
- L’obligation sécurité résultat contraint tout employeur à garantir la protection de la santé et de la sécurité des salariés.
- La jurisprudence Cass. Soc. du 22 février 2002 vient renforcer cette obligation. Elle inclut également tout risque psychosocial ou RPS.
- En cas de manquement, l’entreprise engage sa responsabilité civile employeur, voire pénale.
- La faute inexcusable peut être retenue si le premier responsable légal n’a pas pris les mesures nécessaires
- La prévention passe par le Document Unique d’Evaluation des Risques (DUER), des formations ainsi que des protocoles d’urgence.


Le cadre légal : de l’article L. 4121-1 à l’obligation de résultat
La loi sur l'intégrité physique n’est pas qu'un principe, c'est une véritable arme, un bouclier quotidien pour chaque salarié. Un employeur qui ne respecte pas cette loi est puni par la loi.
L’article L. 4121 du Code du travail
Le chef d’entreprise est tenu de prendre les dispositifs nécessaires contre toute atteinte à l’intégrité de la personne. Cela, dans le but d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des salariés. Cette responsabilité inclut :
- L’analyse des risques professionnels
- Le déploiement de mesures de prévention comme une meilleure organisation du travail, des équipements adaptés, des formations...
- Le suivi-évaluation de leur efficacité
L’arrêt Eternit de 2002 et l’obligation de résultat
La Cour de cassation estime que le chef d’entreprise manque à son obligation dès lors qu’un travailleur subit une atteinte, et ce malgré toutes les solutions préventives.
Exemple
Jurisprudence : de l’obligation de résultat à l’obligation moyens renforcés
Avec le temps, la jurisprudence a allégé l’ampleur de l’arrêt Eternit. Ainsi, la Cour de cassation prévoit des exceptions en faveur de l’obligation moyens renforcés. (arrêt Cass. Soc. N° 14-24.444 du 25 novembre 2015). Désormais, ce dernier n’est plus tenu responsable si :
- Il a pris toutes les dispositions mentionnées dans le Code du travail
- Il parvient à justifier sa vigilance en matière de prévention.
Dans tous les cas, il est toujours de son devoir de prouver qu’il a bien entretenu toutes les précautions indispensables pour garantir la protection et la sécurité de ses employés.
Limites jurisprudentielles et cas d'exonération
La jurisprudence reconnaît certaines situations où l’entité employeuse peut être exonérée de sa responsabilité civile employeur, malgré son obligation de sécurité.
| Limites jurisprudentielles | Cas d’exonération de la responsabilité civile employeur |
|---|---|
| Force majeure | Événement imprévisible échappant au contrôle du dirigeant |
| Comportement fautif | Faute commise par le travailleur ou par un tiers |
| Démarches actives de prévention | Élaboration de plans de prévention, formations et autres actions concrètes de prévention |
Exemple
Intégrité physique salarié : application concrète
Protéger l’intégrité physique de ses salariés, c'est anticiper. En effet, chaque risque identifié est un accident évité.
Accidents du travail et maladies professionnelles
Un accident du travail peut être provoqué par un équipement défectueux, un manque de formation, un environnement non adapté. Le dirigeant doit identifier ces risques via le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER) afin de mettre en place des mesures adaptées. Cela peut se traduire par l’adoption des équipements de protection ou le déploiement des protocoles de sécurité robustes.
Risques psychosociaux ou RPS
Les RPS, reconnus par la jurisprudence Cass. soc., 2008, 2010, 2012, incluent le harcèlement, agression, le stress lié à une surcharge de travail ou encore les cas extrêmes comme le suicide.
De ce fait, il appartient à l’employeur de surveiller les signaux (absentéisme, plaintes) et les diverses sources de conflits sociaux en entreprise. Puis, il est tenu d’agir rapidement, par exemple en organisant des formations ou en mettant en place des cellules d’écoute.
La santé mentale incluse dans l’obligation
Le droit du travail reconnaît que la santé mentale fait partie de l’intégrité que chaque employeur doit protéger. Burn-out, dépressions professionnelles, suicides sur le lieu de travail et les autres maladies professionnelles du 21ᵉ siècle font partie des menaces.
Exemple
Conseil pour les avocats
Face à ces enjeux complexes, l'analyse juridique doit s'appuyer sur une méthodologie rigoureuse pour respecter le droit de travail. Pour ce faire, il faut :
- Identifier l’origine du dommage : faut-il le qualifier de professionnel ?
- Reconstituer le contexte de travail : absence de prévention ? Alertes ignorées ?
- Évaluer les documents obligatoires : DUER, fiches de poste, procédures internes
- Rechercher d’éventuels antécédents ou signaux faibles
Preuve et responsabilité de l’employeur
En cas d’atteinte volontaire à l’intégrité de la personne, le salarié doit prouver l’existence du préjudice. Le patron doit, quant à lui, démontrer qu’il a tout mis en œuvre pour prévenir le risque. Une faute inexcusable peut être retenue s’il est tout à fait conscient du danger et n’a pas agi en conséquence.
Exemples concrets
- Signalement ignoré : Un salarié signale un équipement défectueux, mais le responsable n’intervient pas, entraînant un accident.
- DUER non actualisé : L’absence ou l’insuffisance du Document Unique peut engager la responsabilité.
- RPS non maîtrisés : Ignorer des plaintes de harcèlement ou de stress peut mener à une faute inexcusable. Cela amène à la réclusion de la victime, ce qui conduit à une incapacité à exercer correctement son activité.
Conséquences civiles et pénales
Voici les principales conséquences en cas de manquement à l'obligation de sécurité de l'employeur :
| Conséquences des manquements à l’obligation de sécurité | Description |
|---|---|
| Sanctions civiles | Indemnisation de l’employé pour un préjudice physique, moral ou économique subi. |
| Sanctions pénal | Amendes ou peines de prison en cas de violation grave des règles de sécurité (ex : mise en danger). |
| Faute inexcusable | Majoration des indemnisations pour les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles. |
Bonnes pratiques : prévenir au-delà de l’obligation légale
Au-delà de l’obligation légale, le chef d’entreprise devrait optimiser sa gestion RH pour mieux protéger son équipe. Pour ce faire, il peut activer les solutions suivantes :
- Élaborer et actualiser le DUER : Identifier les risques professionnels et les actualiser régulièrement
- Mettre en place des formations sécurité régulières : Sensibiliser les salariés et réduire les comportements à risque
- S’assurer de la conformité des équipements : Garantir la sécurité matérielle sur les postes de travail
- Définir un protocole d’urgence : Réagir efficacement en cas d’incident ou d’accident
- Organiser des entretiens de suivi (stress, conflits) : Prévenir chaque risque psychosocial et favoriser le dialogue interne
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