CPF, absentéisme, rupture de l’essai durant la grossesse, prestations sociales revalorisées… 3 minutes de social
Entre l'augmentation du reste à charge du CPF, l'explosion inquiétante du taux d'absentéisme et une décision majeure de la Cour de cassation sur la protection des salariées enceintes, l'actualité sociale de ce début avril 2025 réserve son lot d'évolutions à ne pas manquer. Ces changements réglementaires et jurisprudentiels impactent directement les pratiques RH et juridiques des entreprises, qu'il s'agisse de la gestion de la formation professionnelle, de l'accompagnement des arrêts maladie ou de la sécurisation des périodes d'essai. Tour d'horizon des points clés à retenir pour anticiper ces nouvelles obligations.
- CPF : depuis le 2 avril 2025, le reste à charge obligatoire passe à 150 euros par mobilisation, sauf exonérations spécifiques (AT/MP, abondement employeur, demandeurs d'emploi).
- Absentéisme : le taux atteint un niveau record de 4,8 % en 2025, soit une hausse de 50 % depuis 2019, sans amélioration prévue selon AXA.
- Grossesse et période d'essai : la Cour de cassation impose désormais à l'employeur de prouver que la rupture est étrangère à la grossesse dès lors qu'il en avait connaissance.
- Troubles psychologiques : ils deviennent la première cause des arrêts de longue durée, touchant particulièrement les cadres masculins de 30 à 45 ans (+16 % en un an).
- Prestations sociales : la prime d'activité et le RSA sont revalorisés de 0,8 % au 1er avril 2025, impactant directement la fraction insaisissable des salaires.
Compte Personnel de Formation : le reste à charge grimpe à 150 euros
Depuis le 2 avril 2025, toute mobilisation du Compte Personnel de Formation (CPF) entraîne un reste à charge forfaitaire de 150 euros, contre 103,20 euros pour les formations engagées entre le 1er janvier et le 1er avril de la même année. Cette augmentation vise officiellement à contribuer au redressement des comptes de France Compétences.
Qui supporte ce coût ?
En principe, ces 150 euros sont directement à la charge du salarié. Toutefois, plusieurs alternatives existent :
- Prise en charge par l'employeur ou par l'opérateur de compétences (OPCO)
- Exonération totale dans certaines situations spécifiques
Les cas d'exonération du reste à charge
La réglementation prévoit plusieurs situations dans lesquelles le salarié est dispensé de ce reste à charge :
- Utilisation des points du compte professionnel de prévention pour alimenter le CPF
- Mobilisation d'un abondement de l'assurance maladie
- Accident du travail ou maladie professionnelle avec un taux d'incapacité d'au moins 10%
- Abondement volontaire de l'employeur au CPF
Les demandeurs d'emploi sont également exemptés de cette participation.
Absentéisme : une hausse de 50% depuis 2019, un phénomène sans précédent
Selon la dernière étude d'AXA, publiée le 31 mars 2025, le taux d'absentéisme des salariés français a atteint un niveau record de 4,8% en 2025, soit une progression de 5% sur un an seulement. Fait marquant : cette hausse représente une augmentation de 50% depuis 2019.
Une tendance qui ne faiblit pas
Contrairement à ce que l'on aurait pu espérer, la fin de la pandémie de Covid-19 n'a pas freiné la progression des arrêts de travail. Pire encore, selon les prévisions de l'assureur, aucune amélioration n'est envisagée à court terme.
Focus sur les arrêts de longue durée
L'élément le plus préoccupant de cette étude concerne l'explosion des arrêts de longue durée, notamment ceux dépassant six mois.
Répartition par genre :
- Les femmes restent les plus touchées avec un taux d'absentéisme de 5,8 %
- Ce taux demeure nettement supérieur à celui des hommes, bien que ce dernier soit également en hausse.
Une catégorie particulièrement impactée :
Chez les cadres masculins de 30 à 45 ans, le taux d'absentéisme a bondi de 16% en une seule année, une progression notamment liée à l'allongement de la durée des arrêts.
Des profils d'absentéisme différenciés selon l'âge
L'étude AXA met en lumière des comportements distincts selon les générations :
- Moins de 30 ans : multiplication des absences de courte durée, représentant 57 % de leurs arrêts
- Plus de 55 ans : seulement 28 % de leurs arrêts sont de courte durée
Autre enseignement majeur : les arrêts de plus de deux mois sont de plus en plus fréquemment liés à des troubles psychologiques, et ce, quelle que soit la population étudiée.
Une réponse gouvernementale annoncée
Qualifiant cette situation de "dérive très préoccupante", le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu'un plan de mesures gouvernemental serait présenté dans le courant du mois d'avril pour répondre à cette hausse continue des arrêts maladie.
Rupture de la période d'essai et grossesse : la Cour de cassation clarifie le régime probatoire
Un principe intangible : l'interdiction de rompre pour cause de grossesse
Il est acquis en droit du travail que l'employeur ne peut pas rompre la période d'essai d'une salariée en raison de sa grossesse. Mais une question technique restait en suspens : quel régime probatoire s'applique lorsqu'un tel litige est porté devant la justice ?
Deux régimes possibles, deux logiques différentes
Deux options s'offraient aux juges :
- 1. Le régime de la discrimination
Dans cette hypothèse, il appartiendrait d'abord à la salariée de présenter des éléments factuels laissant supposer que la rupture est motivée par sa grossesse. - 2. Le régime spécifique à la maternité
Cette approche impose à l'employeur de prouver directement que sa décision repose sur des motifs totalement étrangers à l'annonce de la grossesse.
La décision de la Cour de cassation du 25 mars 2025
Dans un arrêt du 25 mars, la Cour de cassation a tranché en faveur du régime spécifique à la maternité. Cette décision, bien que technique en apparence, emporte des conséquences pratiques significatives pour les employeurs et les salariées.
Les conséquences pratiques de cette jurisprudence
Concrètement, dès lors que l'employeur met fin à la période d'essai après avoir été informé de la grossesse de la salariée, il doit :
- Établir que sa décision est justifiée par des éléments sans lien avec la grossesse
De son côté, la salariée n'a qu'une obligation minimale :
- Démontrer que l'employeur avait connaissance de sa grossesse au moment de la rupture
Revalorisation des prestations sociales au 1er avril 2025
Enfin, une revalorisation de 0,8 % s'applique depuis le 1er avril 2025 à un ensemble de prestations sociales.
Les montants à retenir
- Prime d'activité : le montant forfaitaire mensuel passe à 638,28 euros pour une personne seule
- RSA : le montant passe à 651,69 euros pour une personne seule
Un impact direct sur la saisie sur salaire
Il est important de noter que la revalorisation du RSA impacte directement la fraction insaisissable du salaire. Les services de paie et les professionnels RH doivent donc actualiser leurs calculs en conséquence pour toute procédure de saisie sur rémunération.





