Qu'est-ce que le forfait cadre 218 jours ? Explication

Écrit par Publié le 11/04/2025 Mis à jour le 21/07/2026

Le forfait annuel en jours est un mode d’organisation du temps de travail réservé à certaines catégories de salariés, principalement les cadres autonomes. Lorsqu’il est fixé à 218 jours, on parle couramment de « forfait cadre 218 jours ». Ce dispositif présente des particularités importantes en matière de rémunération, de gestion des absences, de départ en cours d’année et de présentation du bulletin de paie. Il peut également avoir des incidences sur les cotisations d’assurance vieillesse.

 

En résumé
  • Le salaire est fixé annuellement et versé mensuellement.
  • Division du salaire annuel par 12 ou 13 selon les accords.
  • Absence de retenue pour quelques heures non déclarées.
  • Retenue journalière calculée sur la base du total annuel des jours.
  • Deux méthodes possibles pour le calcul des absences longues.
  • Le solde de tout compte dépend du nombre réel de jours travaillés.
  • Mention du forfait obligatoire sur le bulletin de paye.
  • Clause contractuelle de rémunération à rédiger avec précision.
  • Possibilité de reconstitution de salaire pour le calcul des cotisations.
 Quelles sont les particularités de la paye des salariés en forfait annuel en jours ? Quelles sont les particularités de la paye des salariés en forfait annuel en jours ?

Comment déterminer le salaire mensuel d’un cadre en forfait 218 jours?

Qui dit forfait annuel en jours, dit salaire annuel accordé pour un nombre de jours de travail annuel (par exemple 218 jours, journée de solidarité incluse). En pratique, la paie reste mensuelle.

La méthode de base, toujours valable, est la suivante :

  • on fixe une rémunération annuelle forfaitaire pour 218 jours ;
  • cette rémunération est lissée sur 12, 13 ou davantage de mensualités (13e mois, 14e mois, etc.) ;
  • le même montant est versé chaque mois, indépendamment du nombre de jours effectivement travaillés dans le mois, sauf le mois de versement du 13e mois.

Exemple

Un cadre est en forfait annuel de 218 jours, avec une rémunération annuelle de 35 750 € versée sur 13 mois.
La paie mensuelle s’établit à 2 750 €, quel que soit le nombre de jours de travail effectués au cours du mois.

Cette logique de lissage est conforme au Code du travail, qui impose que l’accord collectif fixant le forfait-jours détermine les caractéristiques principales des conventions individuelles, notamment le nombre de jours du forfait et les conditions de prise en compte des absences, arrivées et départs.

Comment traiter les absences d’un cadre en forfait 218 jours?

La question du calcul des retenues pour absences se pose différemment selon que l’absence concerne des heures ou des jours entiers.

Absence de quelques heures

Le forfait en jours n’est pas subordonné à un nombre minimum d’heures à effectuer chaque jour. Une absence d’une ou de quelques heures n’est donc, en principe, pas une absence au sens du forfait-jours et n’entraîne aucune retenue de salaire.

Sachez-le

Lorsque le salarié interrompt de manière inhabituelle et officielle sa journée de travail (par exemple en participant à un mouvement de grève, en déclarant son absence), sans reporter à un autre moment les tâches non accomplies, une retenue proportionnelle à la durée de l’absence peut, selon nous, être envisagée. Cette pratique doit toutefois rester encadrée et cohérente avec les dispositions de l’accord collectif.

Absence d’un ou plusieurs jours

En cas d’absence d’un ou plusieurs jours, dûment identifiée comme telle (justificatif, déclaration d’absence), une retenue de salaire doit être opérée.

Une méthode, toujours juridiquement défendable, consiste à :

1. Diviser le salaire annuel forfaitaire par le nombre de jours fixé par l’accord (par exemple 218), augmenté :

- du nombre de jours de congés payés (25 jours ouvrés pour un droit intégral) ;
- des jours fériés chômés payés correspondant à des jours habituellement travaillés (par exemple 8 ou 9).

2. On obtient ainsi un salaire journalier.
La retenue pour chaque jour d’absence est calculée en appliquant ce salaire journalier.

Exemple

Sur la base d’un forfait de 218 jours, de 5 semaines de congés payés (25 jours) et de 8 jours fériés chômés correspondant à des jours habituellement travaillés, la retenue correspondant à chaque jour d’absence sera calculée en 251e (218 + 25 + 8) du salaire annuel.

Exemple de calcul de retenue pour absences

Un accord collectif prévoit le lissage de la rémunération annuelle des salariés signataires d’une convention de forfait en jours. La rémunération mensuelle est ainsi égale à 1/12e de la rémunération annuelle fixée dans la convention individuelle, quel que soit le nombre de jours réellement travaillés dans le mois.

Au mois de juin, un salarié est absent deux semaines. Son salaire mensuel s’élève à 3 050 € (36 600 € annuel / 12 mois).

En l’absence de précision dans l’accord instituant le forfait en jours, deux méthodes peuvent être envisagées, par analogie avec les règles de lissage en modulation :

Exemple

Méthode 1 : retenue au réel

  • Salaire journalier : 36 600 € / 251 = 145,82 € par jour.
  • Pour 10 jours d’absence : 10 × 145,82 € = 1 458,20 €.
  • Salaire dû au mois de juin : 3 050 € – 1 458,20 € = 1 591,80 €.

Méthode 2 : retenue lissée

L’accord prévoit que les 218 jours de travail payés sont calculés comme suit :
  • 365 jours – 104 jours de repos hebdomadaire – 25 jours de congés payés – 9 jours fériés = 227 jours (dont un travaillé au titre de la journée de solidarité).
  • 227 jours / 5 jours de travail par semaine = 45,4 semaines de travail.
  • 217 jours / 45,4 semaines = 4,78 jours par semaine.
Une semaine de 5 jours étant rémunérée 4,78 jours, une absence de 10 jours donne lieu :
  • au mois de juin, à une retenue de 9,56 jours (2 semaines × 4,78 jours), soit 9,56 × 145,82 € = 1 394,04 € ; au mois suivant (juillet), à une retenue complémentaire de 0,44 jour × 145,82 € = 64,16 €.
  • Salaire dû au mois de juin : 3 050 € – 1 394,04  € = 1 655,96 €.

Important

Ces méthodes doivent être prévues ou validées par l’accord collectif ou par une pratique constante et transparente. Le Code du travail impose en effet que l’accord fixant le forfait-jours détermine les conditions de prise en compte des absences pour la rémunération.

Comment calculer le solde de tout compte d’un cadre en forfait 218 jours en cas de départ en cours d’année?

En cas de départ en cours d’année, la difficulté tient au fait que le salarié est libre de répartir ses jours de travail et ses jours d’absence sur l’exercice.

À la différence des entrées en cours d’année, il convient, selon nous, de procéder en deux temps :

  • Première étape : faire abstraction, dans un premier temps, de l’indemnisation des congés payés et des jours fériés, et calculer la part de rémunération due au titre des jours effectivement travaillés.
  • Deuxième étape : procéder ensuite à une régularisation
    - au titre des congés payés (indemnité de congés payés, en tenant compte des congés déjà pris) ; 
    - au titre des jours fériés chômés échus.

L’idéal est de prévoir conventionnellement ou contractuellement une compensation avec l’indemnité de congés payés ou l’indemnité de préavis, ou d’en demander le remboursement si cette compensation ne suffit pas.

En l’absence de dispositions claires, il conviendra, selon nous, de demander le remboursement à l’amiable et, en cas de refus, de saisir le conseil de prud’hommes. Le juge peut toutefois considérer que certains écarts relèvent des « risques du forfait ».

Exemple

Un collaborateur en forfait 217/218 jours perçoit une rémunération annuelle de 39 000 €, ventilée comme suit :

  • 33 717,13 € au titre de 217 jours travaillés payés par an ;
  • 3 884,47 € au titre des congés payés (salaire reconstitué pour 25 jours de travail) ;
  • 1 398,40 € au titre des jours fériés chômés (salaire maintenu).

Il quitte l’entreprise fin juin en ayant déjà perçu 19 500 €.


Première hypothèse : il a déjà effectué 132 jours de travail (au lieu des 109 jours correspondant à la moitié des 217 jours payés).

La régularisation des sommes qui lui sont dues s’effectue en calculant les 132/217e de son salaire annuel (hors indemnité de congés payés et jours fériés chômés payés) et en déduisant les sommes déjà versées à titre d’acompte mensuel.

L’entreprise lui doit donc encore 1 009,96 € : (33 717,13 € × (132 / 217)) – 19 500 € = 1 009,96 €.

À cette somme doivent être ajoutées :

  • l’indemnité afférente aux jours fériés chômés échus ;
  • l’indemnité de congés payés, déduction faite, le cas échéant, des congés déjà pris.

Deuxième hypothèse : il n’a effectué que 90 jours de travail (au lieu des 109).

Il doit à l’entreprise 3 324,89 € :
(33 717,13 € × (90 / 217)) – 19 500 € ≈ – 3 324,89 €.

Cette somme pourra être compensée, en tout ou partie, par :

  • l’indemnité de congés payés ;
  • l’indemnisation des jours fériés échus.

Comment présenter le bulletin de paie d’un cadre en forfait 218 jours ?

Prenons l’exemple d’une entreprise dans laquelle les salariés sont soumis à un horaire collectif de 151,67 heures par mois (35 heures par semaine), à l’exception des salariés autonomes pour lesquels a été conclue une convention de forfait en jours. Un cadre bénéficie d’un forfait annuel en jours de 218 jours.

Conformément au Code du travail, le bulletin de paie doit mentionner :

  • la nature du forfait (« forfait annuel en jours ») ;
  • le volume du forfait (par exemple « 218 jours »).

Il n’est pas nécessaire de mentionner un horaire de référence (151,67 heures), puisque la rémunération est déterminée sur la base du forfait en jours.

Il est conseillé, à des fins de contrôle et de suivi de la charge de travail, d’indiquer le nombre de jours réellement travaillés dans le mois. Cette mention reste toutefois facultative, mais peut contribuer à démontrer le respect des obligations de suivi de la charge de travail et du repos.

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Comment rédiger la clause de rémunération dans le contrat de travail d’un cadre en forfait 218 jours?

La convention individuelle de forfait en jours doit être écrite et acceptée par le salarié.

Un exemple de clause de rémunération adaptée au forfait cadre 218 jours :

Monsieur (ou Madame) \ percevra une rémunération annuelle brute de [XXX] €.
Cette rémunération correspond à 218 jours travaillés par an, journée de solidarité incluse, dans le cadre du forfait annuel en jours prévu par [XXX].
Elle sera versée à Monsieur (ou Madame) \ par douzième (ou treizième, etc.).

À cette rémunération s’ajouteront les éléments suivants :

Il est recommandé d’y ajouter :

  • la référence à l’accord collectif qui institue le forfait-jours ;
  • la mention des jours de repos supplémentaires liés au forfait ;
  • le cas échéant, les modalités de renonciation à des jours de repos avec majoration de salaire (avenant annuel, taux de majoration d’au moins 10 %).

Peut-on calculer les cotisations d’assurance vieillesse sur la base d’un salaire reconstitué à temps plein pour un cadre en forfait 218 jours réduit?

Comme les salariés à temps partiel, les salariés ayant signé une convention individuelle de forfait annuel en jours prévoyant une rémunération inférieure à celle considérée comme correspondant à une activité exercée à temps plein peuvent, s’ils le souhaitent et sous réserve de l’accord de leur employeur, demander que leurs cotisations d’assurance vieillesse soient calculées sur la base d’un salaire reconstitué à temps plein (décret n°|2005‑1352 du 31 octobre 2005).

La mise en œuvre de ce dispositif (accord écrit, durée et fin de l’option, prise en charge du surplus de cotisation, rédaction du bulletin de paie) est identique à celle prévue pour les salariés à temps partiel.

La rémunération à temps complet est reconstituée de la manière suivante (lettre‑circulaire ACOSS n° 2005‑176 du 14 décembre 2005) :

  • Rémunération à temps complet = Rémunération mensuelle × (Durée du travail à temps plein / Nombre d’heures considéré comme équivalent à la rémunération mensuelle)

Le nombre d’heures considéré comme équivalent à la rémunération mensuelle versée pour une activité à temps plein est calculé comme suit :

  • Nombre d’heures équivalent = Rémunération mensuelle / (SMIC horaire × 1,70)

Exemple

Soit un forfait annuel de 195 jours pour une rémunération mensuelle de 2 000 €.

Le SMIC horaire majoré de 70 % est égal (pour 2025) à : 11,88 € × 1,7 = 20,196 €.

Nombre d’heures équivalent : 2 000 € / 20,196 € = 99,01 h. Rémunération temps plein : 2 000 € × 151,67 h / 99,01 h = 3 064,34 €. Supplément d’assiette : 3 064,34 € – 2 000 € = 1 064,34 €.

Observations

Lorsque le nombre d’heures considéré comme équivalent à la rémunération mensuelle est supérieur à la durée légale du travail (151,67 heures), le salarié n’est pas éligible au dispositif.

Points de vigilance spécifiques au forfait cadre 218 jours

Pour sécuriser la paie et l’organisation du travail des cadres en forfait 218 jours, il est essentiel de :

  • vérifier que le profil du salarié correspond bien aux critères légaux (autonomie, absence d’horaire collectif, impossibilité de prédéterminer la durée du travail) ;
  • s’assurer que l’accord collectif prévoit :
    - le nombre de jours du forfait (218) ;
    - les modalités de suivi de la charge de travail et des repos ;
    - les conditions de prise en compte des absences, arrivées et départs ;
    - les modalités d’exercice du droit à la déconnexion ;
  • veiller à ce que la rémunération ne soit pas « manifestement sans rapport » avec les sujétions imposées, au regard du salaire pratiqué dans l’entreprise et de la qualification du salarié.
 Ce contenu n'a pas été rédigé par la rédaction Lamy Liaisons. Il doit être interprété avec discernement et ne saurait servir de fondement à une décision juridique sans validation préalable par un professionnel qualifié.